Interview pour ePoints

Vous avez écrit plus d’une vingtaine de romans et de nombreuses nouvelles, comme Le Prix de la légende et La Dernière ennemie publiées sur ePoints. Comment construisez-vous une nouvelle ? Est-ce différent de la construction d’un roman ?
Une nouvelle, c’est un intermède de liberté. Je me documente pour mes romans et bâtis un plan solide et détaillé avant de me lancer. En revanche, pour une nouvelle, je travaille sur une ou deux idées flottantes, j’envisage un plan sommaire et me lance à l’aventure. En fait, assez souvent, j’utilise des idées qui me séduisent mais que je n’arrive pas à traiter dans mes romans. Mais je vous mens un peu. Ces dernières années, les plans de mes romans se relâchent et j’enfile en vitesse mes raquettes pour partir à l’aventure dans la neige.
Qu’est-ce qu’une bonne nouvelle selon vous ?
Je ne sais pas. Une nouvelle de Raymond Carver ou de Haruki Murakami, sans doute. Une émotion juste et efficace. Une économie de moyen. Un mot de trop et c’est fini. Raté.
Le Prix de la légende est une nouvelle inédite. Racontez-nous comment est née l’histoire d’Alexandre ?
J’avais envie d’une promenade dans un monde froid, presque figé, à la limite du fantastique. Et j’avais été marquée par le personnage du père de Kurt Wallander, cet homme secret, attaqué lentement par la maladie et qui peint inlassablement le même tableau (je me suis toujours intéressée aux arts graphiques). Et puis, j’avais envie d’évoquer la puissance que les histoires exercent sur nous. J’aime les thrillers (quand ils sont bien écrits) parce qu’ils ont le pouvoir de nous entraîner irrésistiblement comme le joueur de flûte de Hamelin des frères Grimm.
Dans les transports, en attendant le médecin, à la terrasse d’un café… Où lisez-vous ?
Oui, partout. C’est magique de pouvoir s’échapper, d’un seul coup, vers un autre monde. Et de reprendre cette conversation interrompue avec l’auteur. N’importe quand, n’importe où. Un moment privilégié. A la fois une gourmandise et une nourriture essentielle. Cette possibilité de se propulser dans une réalité parallèle en un claquement de doigt.
Un récent coup de cœur à partager aux lecteurs ePoints pour le mot de la fin ?
Un gros coup de cœur pour « La mort d’un père », premier tome de « Mon combat », l’œuvre-fleuve du Norvégien Karl Ove Knausgaard. Trois mille pages sans relecture ( !). Une recherche contemporaine du temps perdu. Une chronique des petites lâchetés et des instants de fraîcheur, d’innocence. La banalité des jours, l’étoffe de nos vies et des flashes de pure beauté, des fulgurances. Et cette résonance qui peut parler à tous les auteurs. Ces questions basiques et d’autant plus troublantes. Comment exprimer la vie ? Ecrire ou non de la fiction ? Que signifie la beauté du style puisque écrire bien, beau, n’est pas écrire ? Ce livre me retourne en douceur, il se peut qu’il m’aide à progresser. Il y avait longtemps que je n’avais pas éprouvé une telle émotion à la lecture d’un texte. Certains romans sont écrits dans un style ampoulé, précieux, joli, qui n’est pas forcément utile. Le joli style me semble d’ailleurs une obsession assez française. Bien des romans (à commencer par les polars) sont remplis de péripéties qui n’ont rien à voir avec notre réalité. Avons-nous besoin de ça ? A quoi sert la littérature ? Knausgaard pose ces questions et bien d’autres.



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