Les Echos – Rayon polar : Petits meurtres en coulisses (20/03/2014)

Dans « Ombres et Soleil », la suite de « Guerre sale », Dominique Sylvain met en scène son duo aussi improbable qu’efficace, Lola et Ingrid, navigant en eaux troubles sur fond d’affaires d’Etat…

Lola Jost, commissaire à la retraite, et son alter ego, Ingrid Diesel (qui roulerait plutôt au super), strip-teaseuse américaine retournée s’effeuiller de l’autre côté de l’Atlantique, reprennent du service. Sacha Duguin, ami de l’une, ex-amant de l’autre, se retrouve accusé du meurtre de son ancien supérieur, le très louche Arnaud Mars. Lui-même en lien avec un non moins louche Gratien, croupissant en prison, lui-même en lien, etc, etc …

Lola est persuadée de l’innocence de son ami, alors que tout l’accable, mais justement « tout » l’accable trop. Et puis au moment où l’IGS déboule chez elle pour lui tirer les vers du nez – ce qui, de bon matin, n’est pas très poli, il faut l’avouer -, elle « infuse » dans sa robe de chambre autour d’un puzzle du « Christ rédempteur au-dessus de la baie de Rio »… Plus de mille pièces ! De quoi prendre n’importe quel prétexte pour changer sa robe de chambre pour celle des champs. Ce n’est pas parce qu’on est à la « retraite » qu’on est bon pour les charentaises ! Et puis Lola n’avale pas la tentative d’assassinat à laquelle Ingrid n’a échappé que d’un cheveu. Contrainte à l’exil, l’amie américaine et maintenant l’ex-partenaire, à l’ombre ? « Vieille ne veut pas dire obsolète, tu me suis ? » Et pour la suivre, on va la suivre et avec délectation.

Sur fond d’affaires d’Etat, une affaire Aerolix n’ayant « aucun rapport avec aucuns faits réels », comme le dit l’expression consacrée, mais avec laquelle le lecteur futé pourrait néanmoins mettre en parallèle quelques unes de ces affaires dont les journaux regorgent… Politiques, mafieux, terroristes, bœufs-carottes… tout y est et tout s’emboîte parfaitement. La mécanique narrative est nickel. Pièce après pièce, le puzzle dévoile son motif et ce que l’on y découvrira est bien loin de l’image d’un Christ rédempteur.

Dominique Sylvain est une des grandes du polar français. Accompagnant sur ces « Chemins nocturnes », notamment, Fred Vargas et Maud Tabachnik _ toutes les trois publiées aux Editions Viviane Hamy, ce n’est certainement pas un hasard _, elle impose son style imagé, loin d’Agatha Christie, de sa « cup of tea » et de ses petits gâteux secs. C’est plutôt en Amérique qu’il faudrait chercher ses références, trinquant d’un verre de blanc sec avec ses frangins, Thompson, Goodis et Cook qui ne diront pas le contraire  : un polar sans gueule de bois, ce serait comme un clope éteint, un glaçon sans whisky, un cadavre sans costard. L’abus de lecture ne nuisant pas à la santé, à lire sans modération.

Laetitia Lormeau



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